Pyrrhon - le peintre - né à peu près en 360 av. J.-C. est mort à peu près en 270, toujours avant J.-C. Il suivit Alexandre le Grand - l’empereur - dans ses conquêtes et voyagea jusqu’aux Indes. Anaxarque - le danseur - fut son maître et le forma à la philosophie, lors de la campagne d’Alexandre le Grand en Asie. Anaxarque avait été l’élève de Démocrite - le philosophe -. Pyrrhon est reconnu comme le fondateur de l’école sceptique mais n’a rien écrit de sa philosophie. D’ailleurs il semblerait qu’il n’avait jamais eu l’ambition de créer une doctrine philosophique. Il eut comme disciple, Timon de Phlionte - le choriste de théâtre - (320 - 230 avt J.-C). Ainsi, le danseur, maître du peintre, dans le sillon de l’empereur, a su transmettre la doctrine du philosophe, qui fit la fortune du choriste. Voilà une grande leçon de philosophie que Kant nous rappelle à l’impératif : “ Sapere aude ! ”, Ose penser !!!
C’est surtout grâce à Sextus Empiricus - le médecin - (fin du IIème siècle après J.-C.) que l’on connaît la pensée philosophique de Pyrrhon, à laquelle il consacra un ouvrage en 6 volumes hypotyposes pyrrhoniennes. Il serait intéressant de savoir si sa clientèle s’en portait bien. Mais nous sommes plus en accord avec l’oeuvre de Timon de Phlionte qui a écrit un ouvrage célèbre Les Silles (ou Regards louches). Timon de Phlionte est mort très vieux et très riche, comme quoi la raillerie a toujours payé !
Des fragments de la vie de Pyrrhon ont été rapportés par Diogène Laërce - l’écrivain - dont on ne sait rien de la vie privée, si ce n’est qu’il a probablement vécu dans la première moitié du IIIème siècle après J.-C et a écrit un ouvrage important, Vie et opinions des philosophes. Par exemple :
« Un jour qu’Anaxarque était tombé dans un marécage, il continua son chemin, sans lui prêter main-forte; mais alors que certains lui en faisaient reproche, Anaxarque lui-même fit l’éloge de son indifférence et de son absence d’attachement. » (IX, 63)
Il est évident que si nous rencontrions une personne qui se vanterait d’une telle action, nous le con-damne-rions, immédiatement . Et nous aurions raison, en ce qui concerne l’action par elle-même, nous ne pourrions la juger sans en connaître les causes. En revanche, s’en vanter en dit bien plus long que l’acte. Pourtant, quel bonheur mesquin, si jamais bonheur et mesquinerie pouvaient coexister, que de faire une crasse à quelqu’un que nous méprisons. Or, en l’occurence, nous ne pouvons accuser Pyrrhon de mépriser Anaxarque, ni d’être mesquin. Imaginer Anaxarque dans son marécage, dans une attitude de grande dignité, n’oublions pas qu’il avait été formé par Démocrite - qui nous a laissé cette sublime pensée: Le rien existe aussi bien que le “quelque chose”- et dans une posture gracieuse, n’oublions pas qu’il était danseur, puis Pyrrhon, en robe et sandale, passant par là, constatant la situation et dans le doute, continuant son chemin, nous laisse très perplexes. La vraie question est : doit-on hisser Pyrrhon au rang des Monty Pythons ou l’enfermer dans le monde de Beckett ?
L’on sait également, qu’au retour de la campagne d’Alexandre le grand, Pyrrhon rentra chez lui à Elis et vécu tranquillement en compagnie de sa soeur, sage-femme, (comme la mère de Socrate). Il s’occupait du ménage, des quelques cochons et poulets qu’ils possédaient. De temps en temps, il allait les vendre au marché. De tout ce qui est rapporté à propos de Pyrrhon, il ressort toujours une attitude d’indifférence extrême. Cependant, si Pyrrhon était parmi nous, il semble certain que dans le doute il aurait abandonné les poulets.
Mais Pyrrhon n’était pas de bois, par deux fois, il sortit de ses gonds. La première fut que dans une grande colère, il poursuivit un cuisinier avec une broche à rôtir. La deuxième occasion lui a été donnée par un chien qui l’effraya. Ceci nous apprend que la “suspension du jugement” socle de la philosophie de Pyrrhon, ne tue pas totalement les émotions et nous permet de trébucher sur le chemin du doute. Par exemple, un chien aux babines baveuses retroussées sur des crocs acérés, engagé dans une course folle, les poumons dilatés par ses aboiements ne mérite aucune suspension du jugement, mais une action rapide de fuite ou d’attaque. Le fait même que Pyrrhon et son disciple Timon de Phlionte, vécurent respectivement 90 ans, nous amènent à poser deux hypothèses:
- Le doute conserve la santé. - Il faut une santé de fer pour douter.